L’Odyssée d’Avril — Épopée d’acier et de montagnes
À l’heure exacte où le soleil s’arrache à la Méditerranée, la concession BMW Motorrad de Nice s’éveille comme une forge mythologique. Les motos attendent, alignées tels les chevaux d’Alexandre, patientes mais vibrantes, conscientes que le jour sera grand. À 9h00, le signal est donné. Le moteur gronde. Ce n’est plus un bruit : c’est un appel.
Comme les Argonautes quittant le port d’Iolcos, nous laissons derrière nous la ville et ses certitudes. La A8 est avalée sans émotion, simple voie de transit, plaine avant la bataille. Elle n’existe que pour être quittée.
Puis surgit Saint-André-de-la-Roche, premier jalon du destin. La route se cabre, l’air se fait plus vif. Le voyage commence réellement ici, quand l’asphalte cesse d’être docile.
À Contes, la terre se durcit, les murs s’arc-boutent contre le temps. Chaque virage est un défi lancé au pilote. À L’Escarène, on franchit un seuil invisible : celui où l’homme moderne pénètre dans un territoire ancien. Les pierres observent, silencieuses, comme si elles jaugeaient la valeur de ceux qui passent. Alors s’élève le col de Braus.
Muraille naturelle. Épreuve initiatique.
Les lacets s’enroulent comme un serpent de montagne, exigeant précision, respect, engagement. Ici, Napoléon aurait fait passer ses canons ; aujourd’hui, c’est la volonté qui monte. La moto s’incline, rugit, conquiert chaque mètre. Le monde s’ouvre à mesure que l’on gagne de l’altitude. On n’est plus un simple voyageur : on devient conquérant.
La descente vers Sospel est une récompense.
Sospel apparaît comme une cité-refuge, nichée dans son écrin de sommets. Ancienne sentinelle des routes alpines, elle a vu défiler armées, marchands, pèlerins. Son pont médiéval enjambe la Bévéra tel un serment de pierre. Ici, le temps n’a pas disparu : il s’est empilé. On roule au-dessus des siècles. Mais la route ne pardonne pas la contemplation prolongée. Le col de Vascavo appelle, plus secret, plus âpre. C’est la montée de l’ombre et du silence. Les arbres se resserrent, la route se fait étroite, presque farouche. Chaque virage semble poser la question essentielle : mérites-tu de passer ?
Puis, sans fanfare, la frontière italienne.
Aucun mur. Aucun fracas. Seulement un changement d’âme. L’air devient plus chaud, la lumière plus dorée. L’Italie ne s’annonce pas : elle se révèle.
Olivetta San Michele surgit, accrochée à la vallée comme un bastion oublié. Les oliviers, noueux et éternels, rappellent que cette terre fut romaine avant d’être moderne. Ici passaient les légions, ici se traçaient les voies de l’Empire. La route n’est plus seulement un itinéraire : elle est héritage.
La SS20 s’étire, noble et rapide, laissant filer la chevauchée.
Puis viennent les routes secondaires — SP92 via Verrandi, SP69, SP68 — et avec elles le vrai plaisir : l’enchaînement, le rythme, la danse. Les virages se succèdent comme des vers épiques, amples et maîtrisés. Le pilote ne combat plus la route : il fusionne avec elle.
À la bifurcation d’Isolapona, le choix est clair, presque écrit d’avance. Apricale. Le village surgit tel un mirage de pierre, empilé contre la montagne, défiant la gravité et le temps.
Apricale n’est pas une destination : c’est un aboutissement. Ses ruelles médiévales, étroites comme des secrets, résonnent des pas de ceux qui ont survécu aux guerres, aux famines, aux frontières mouvantes. Ici, chaque mur raconte une résistance.