Le départ, 8h45 au Muy, a la douceur d’un matin encore fragile. Les moteurs s’éveillent comme des oiseaux d’acier, et la D25 s’ouvre devant vous, fine ligne d’horizon où la lumière glisse comme un voile. On quitte le monde ordinaire pour entrer dans celui, plus secret, des routes qui murmurent.

Le chemin Cros du Rougé déroule ses terres chaudes, rouges comme une encre ancienne. On y sent la Provence profonde, celle que peignait Cézanne lorsqu’il cherchait « la vibration de la lumière dans la matière ». Les motos avancent, et chaque virage devient une strophe.
La D14 vers Collobrières s’élève dans les Maures, royaume des chênes-lièges et des parfums de résine. Le vent porte des éclats de soleil, des ombres mouvantes, des promesses. On roule comme on rêve : sans effort, porté par quelque chose de plus grand que soi.
Puis vient la traversée de la forêt de Saint Pons, par Gémenos, Là, la route se fait prière. Les arbres dressent leurs colonnes, la lumière tombe en nappes dorées, et l’on croit entendre les mots de Giono : « Le monde est plein de miracles silencieux. » On avance doucement, même si la vitesse est là, car l’âme, elle, marche à pas lents. À refaire à pied : https://les-randos-du-grand.eklablog.com/2025/04/gemenos-saint-pons-le-gour-de-l-oule.html
La DN8 conduit à l’Abbaye de la Sainte Baume, posée au pied de la falaise blanche comme un secret ancien. Le déjeuner y a le goût du temps suspendu. On lève les yeux vers la roche, on pense aux ermites, aux pèlerins, à la longue mémoire des pierres. Le vent glisse sur les visières comme une main bienveillante.
Puis la route reprend, lumineuse, par la D64, vers Mazaugues, Bagarèdes, Entrecasteaux, Lorgues. Les collines ondulent comme un poème de lumière, les villages apparaissent comme des touches de pastel posées pour guider le voyageur. On roule alors dans une liberté presque liquide, une sensation rare, pure, essentielle.
Et lorsque le Muy revient, ce n’est pas un retour : c’est un cercle qui se referme, une respiration accomplie. Car un road trip moto n’est jamais un simple trajet. C’est une manière d’habiter le monde, de sentir la lumière sur la peau, de devenir — l’espace d’une journée — un poème vivant lancé dans le paysage.