|
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête Pour la première fois l'hélice baissait la tête Il neigeait. L'âpre hiver fondait en avalanche Après la plaine blanche, une autre plaine blanche Étant le régional de l'étape, et courtoisement sollicité par Philippe et Gilles, je m'étais un peu occupé de l'organisation de cette assemblée générale. J'avais passé pratiquement tous mes week-end des mois de janvier et février à parcourir en moto, sous le soleil, les différentes routes de ce livradois ombrageux et secret. Et chaque dimanche, alors que les derniers rayons du soleil éclairaient de leur douce lumière la campagne auvergnate endormie (j'ai décidé de donner dans la poésie quelle soit classique ou libre), je faisais à notre Gillou un bref compte -rendu, lui racontant la lumière rasante sur les prés, la vue claire des montagnes enneigées se découpant sur le ciel d'hiver dans un lointain quasiment parfait, bref, je peignais un décors champêtre aux allures de carte postale. J'avais trouvé moult routes tortueuses à souhait, une s'enfonçant dans les sous-bois de pins, une autre virevoltant sous les couverts squelettiques des bouleaux et autres châtaigniers, une troisième nous conduisant au sommet du forez pour nous permettre d'un seul regard de couvrir un paysage allant de la chaîne des Dômes à la barrière alpine, bref, d'en prendre plein les yeux gratos ! Et le week-end arriva !!!!!!!!!!!!!!!! Déjà depuis quelques jours, certains me téléphonaient pour avoir quelques renseignements, la météo virait doucement au cauchemar et le pire arriva ! Il neigeait, il neigeait toujours ! La froide bise Sifflait ; sur le verglas, dans des lieux inconnus (pour certains) Heureusement il y avait du pain et nous n'allions pas pieds nus L'hiver avait été tellement doux dans cette belle Auvergne que je n'avais pas jugé utile de chausser ma voiture des pneus à lamelles si nécessaires habituellement, bien mal m'en prit ! Le vendredi soir, en montant à FOURNOLS pour apporter les souvenirs achetés, je pris conscience du désastre. Moi qui connais bien cette route et qui ait une certaine habitude de la neige, je faillis verser dans le fossé hostile un certain nombre de fois. J'arrivais enfin, à grand-peine, le soir, pour voir rassemblé au chaud, le carré des grognards courageux et leurs compagnes d'infortune. Je pris ainsi connaissance, auprès de quelques-uns, de leur récit, de leur aventure au souffle épique ! La solitude vaste, épouvantable à voir, Partout apparaissait, muette vengeresse Le ciel faisait sans bruit avec la neige épaisse Pour cet immense moto-club un immense linceul On ne distinguait plus les LT des GS Il neigeait, les RT se couchaient Les motards s'abritaient à l'abri des carénages Toute une armée ainsi dans la nuit se perdait On pouvait, à des plis qui soulevaient la neige Voir que des motos s'étaient endormies là Oh chutes d'Annibal, lendemains d'Attila ! Bon, on se calme. Victor, quand on lui laisse le champ libre, a tendance à exagérer ! Il est tombé, pendant ces 3 jours au moins 50 cm de neige Deux ennemis ! Le Petit salé (pour les triglycérides), le Nord. Le Nord est pire Il a fallu tout bouleverser, tout annuler, et renoncer à tout ou presque Heureusement, nous avons pu faire ripailles au chaud et sans avoir à nous limiter sur la boisson puisque la seule sortie que nous avons fait, elle fut en car, pour la visite du musée de la Coutellerie à THIERS, mais la saucisse au choux d'Arconsat a laissé, je crois, un souvenir ému à chacun ! Adieu, col du Béal, aux oubliettes, le Moulin Richard de Bas (il a fallu à ces dames se contenter d'un petit aperçu/souvenir), à un de ces jours peut être le col des Supeyres ! Bref, je me demande maintenant, si Victor H (discrétion oblige) n'a pas attendu ce week-end pour écrire "L"EXPIATION" Moi, je peux vous le dire, j'étais persuadé que personne ne viendrait en moto ! Et bien que nenni, mon brave, des motos et les motards qui vont avec, il y en avait, et là je dis "CHAPEAU BAS" Quand je me remémore le récit de la montée du col fait par ELIE, avec sa LT (bon, vous me direz, il a peu de mérite, une LT, c'est quand même la moto idéale pour rouler dans ces conditions, à l'aise sur la neige tassée, facile à rattraper quand elle veut tomber !) on se dit qu'il faut être un peu mordu. Que dire de LOU PAPE et de sa r1200r abandonnée sur le bord de la route en rase campagne, et de tous ceux qui sont venus en RT ou GS, encore une fois, bravo, si je peux me permettre. Beaucoup, comme moi (oui mais moi, j'avais le droit, j'avais déjà tout fait en moto avant) sont venus en voiture. L'A.G. put se tenir, et comme si nous n'avions pas suffisamment de mauvaises nouvelles et de raisons de nous faire du soucis (quant au groupe folklorique qui nous a un peu saturé les oreilles pendant 2 heures), nous apprîmes la démission du GILLOU (je me souviens pas, d'ailleurs si il a fété ça). Le week-end s'est terminé avec une amélioration sensible du temps, permettant à chacun de rentrer, même si les infos sur les différents cols verrouillant le Massif Central étaient inquiétantes et chacun put s'apercevoir que l'Auvergne est un pays d'hommes. Quand il fait mauvais, il fait mauvais, pas de demi-mesure, pas de chi-chi ! Pas de crachin chafoin, pas d'humidité sournoise, que du brutal comme disent les VOLFONI et elle mérite, cette Auvergne que vous y reveniez, pour rouler en sous-bois et sentir la terre humide et les champignons, pour vous laisser entéter par l'odeur des genets, pour laisser le soleil jouer, à travers le couvert des bouleaux, sur le carénage de vos motos, pour découvrir les villages cachés et admirer, du haut des crêtes de basalte, les volcans endormis ! FOURNOLS! FOURNOLS! FOURNOLS! tu n'es pas une morne plaine Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons Tu as presque réussi à nous prendre pour des ... !!!!!!!!!! Christian JOURNIAC La ressemblance de certaines phrases avec l' oeuvre éventuelle d'un poète en devenir est une pure coincidence
|