SORTIE GS VOSGES JUIN 2009 PAR Sandro AGENOR

 

 SORTIE GS VOSGES Juin 2009 par Sandro AGENOR

 

LE KIFFImpressions vosgiennes Qui n’a jamais rêvé des Vosges ? De sa ligne bleue, visible depuis la Corse par temps clair, dont la promiscuité avec l’Helvétie, la Germanie et même l’Italie si on tire un peu sur la corde et le vin de Moselle, nous rappelle l’Histoire tourmentée et les convoitises séculaires qu’elle ne manqua pas de faire naître ? Les Vosges, carrefour de l’Europe, qu’une ligne de crête sépare en deux entités bien distinctes : à l’Est, l’Alsace des Alsaciens, à l’Ouest la Lorraine du Président Lakomski.Le rendez-vous, cette fois, avait été fixé par des professionnels au lieu-dit Base de Loisirs de Saulxures sur Moselotte. J’ai bien cherché, il n’y a aucune contrepèterie, sa dénomination se suffisant déjà largement à elle-même. Comme le départ intervenait à 9h30 et que (contrairement à certaine sortie précédente que je ne nommerai pas pour ne pas jeter l’opprobre sur le séjour autrichien 2008) le trajet prévu était inconnu des participants, il n’était pas question d’arriver à la bourre. Tout juste savions-nous qu’en cas de scission inopinée et involontaire de la horde, on déjeunait au Col de la Schlucht (prononcer « chlourte » qui signifie « gorge » en allemand comme me l’a aimablement indiqué le Vice-pdt Geffroy qui connaît tous les mots dont il a besoin dans les langues étrangères).Personnellement, je béquillais à 8h00, tout heureux de constater que, étant largement en avance, tout le monde était encore là. C’est fou ce que ça peut faire la voir la vie en beau, plutôt qu’un parking désert, tous ces hommes et ces femmes qui fourbissent leur machines sous le soleil matutinal, qui te donnent une tape amicale quoique virile sur le casque à l’endroit du module Bluetooth à 349 euros qui tient avec du scotch et qui se marrent gentiment en regardant les pneus avec lesquels tu prétends traverser les Vosges par des sentiers d’enduriste. -         ben quoi, dis-je, qu’est-ce qui z’ont mes pneus ?-         ils z’ont pas de tétines ! Regarde ceux à F. (un pro, grave, avec des bottes de ski et un casque dessiné par Georges Lucas)Et c’est vrai qu’ils z’avaient des sacrées tétines les pneus à F. ! Je sentais que ces pneus-là, ils z’étaient du genre à coller à la tourbe, à se pacser aux z’ornières, à faire les yeux doux aux gravillons, bref à embobiner sans mal tout ce qui ressemblait à de la caillasse vosgienne…-         mais, crénom, dis-je, c’est des Metzeler Tourance, mes pneus ! Achetés exprès en Allemagne ! C’est des Mixte, je peux faire les deux!-         Arf ! se gaussa mon interlocuteur, tu me fais marrer avec tes mixtes ! Chez moi, les mixtes, c’est les z’omelettes et pis c’est tout… !Et, là-dessus, il me plante pour aller désactiver son anti-patinage (ce terme m’était vaguement familier) me laissant assez inquiet sur la suite des événements. Allais-je une nouvelle fois être la risée du groupe, le bizut perpétuel, le vilain petit canard de la Moselotte? J’en étais là de mes supputations, lorsque mon téléphone portable fit quoi ? Sonna.
C’était un message de Thierry Le Rall, le (très) sympathique délégué du Club pour Rennes et sa région. C’est un chaleureux Breton qui ne boit pas d’alcool et qui est donc entré au Club BMW par dérogation. Très actif, il lorgne maintenant sur les délégations de Nantes, de Brest, de Lorient, de Morlaix, de Perros-Guirec et même des Iles anglo-normandes mais je m’égare. Le message de Thierry, chuchoté à voix basse et dans un état évident d’anxiété, était le suivant : « c’est moi… il paraît que c’est vachement dur leur truc, ils ont décidé de casser de l’adhérent… le Vice-président Geffroy a fait deux groupes : un groupe de pros qui prend les pistes et un groupe de taffioles qui passe par la route… Faut qu’on se parle d’urgence… ».
Il était 8h30. Je regardais autour de moi avec suspicion mais n’avisais que la face joviale de Bruno D. Il me salua du bout des doigts comme j’ai dit bonjour la semaine dernière à mon contrôleur fiscal c’est-à-dire avec un je-ne-sais-quoi de retenu dans le geste, une pudeur, une difficulté à exprimer la joie indicible que ma présence lui procurait. Il n’avait d’ailleurs guère le temps de s’épancher : son groupe (route, NDLR) partait à 9h15 et il lui restait donc moins de 45 minutes pour boucler sa mentonnière, couper son alarme et appuyer sur le démarreur. Compréhensif, je l’abandonnais à son agenda de ministre quand Thierry, le susnommé zélateur armoricain, apparut soudainement devant moi. Nous nous concertâmes sur le champ avec des mines de conspirateur : que faire ? Tenter la chose enduriste et prendre le risque de nous couvrir de ridicule voire, beaucoup plus grave, de boue ? Ou assurer et garder le bitume en roulant pépère derrière une 1200 LT en demandant au pilote de mettre la radio suffisamment fort pour écouter « Les grosses têtes » ?Finalement, nous décidâmes d’opter pour la piste – après tout, nous avions des 1200 GS Adventure, pas vrai ? Et dans « 1200 GS Adventure », il y a « Adventure » qui signifie « Aventure » pour ceux qui n’ont pas fait anglais 1ère langue. Prudents cependant, nous jugeâmes plus sûr de suggérer ici et là, mine de rien, que éventuellement et en fonction de la difficulté du parcours, il n’était pas totalement exclu que nous tentions le cas échéant une jonction avec l’autre groupe.A 9h30, le groupe « pro » s’ébranla avec, à sa tête, Denis qui est garde-forestier dans le civil, vosgien, motard et qui raconte des blagues tout le temps, malheureusement en alsacien, ce qui peut en amoindrir l’effet comique. Avant le départ, Denis nous avait expliqué qu’il fallait faire la chasse au poids, aux assistances électroniques et dégonfler les pneus.  Lui-même avait entièrement dépouillé sa GS, bulle comprise, et elle ressemblait à un écorché de Box’R Mag autopsié par Alain Berson. Ayant, sur les conseils avisés du Pdt Lakomski, fait le plein à bloc de mon réservoir étendu (33 litres, 600 kms d’autonomie) parce que dans la forêt, personne ne t’entend être à sec, j’avais jugé judicieux avant de partir de me défaire tout bien pesé de mes sacoches latérales et de vider mes poches. L’allègement ayant des limites, nous avions malgré tout décidé avec Thierry Le Rall de conserver le top-case pour y ranger nos téléphones portables.Plus fluets et graciles désormais que deux chars AMX, nous nous engageâmes sur le premier sentier en laissant passer les autres pour ne pas les humilier avec notre ahurissante technique de franchissement. C’est alors qu’après un kilomètre à peine, un passage délicat s’offrit à nous : le terme « s’offrir » est d’ailleurs exagéré, la tourbe gorgée d’eau s’étendait aussi loin que le regard pouvait porter et me rappelait un documentaire que j’avais vu sur les inondations de 1971 à Madagascar. Discrètement, je m’en ouvris à Denis :-         euh… Moi, je passerais sans problème mais c’est la moto, tu vois… elle a pas l’habitude, elle rechigne, le plus dur qu’elle ait fait jusqu’à présent, c’est la contre-allée de l’Avenue Foch…-         yo !  C’est rien du tout ! Mets-toi debout sur ta selle, passe les vitesses sans te rasseoir, freine avec la pointe pied droit, dose l’embrayage, contrôle le couple, regarde loin, et ça ira tout seul…-         ah, ok, hyper fastoche ! Et, d’après toi, ça peut salir les jantes ou pas ?J’ai pas entendu la réponse car Denis est parti extraire trois pros enlisés à hauteur des épaules qui gueulaient qu’ils voulaient téléphoner à leurs femmes, qu’ils s’étaient trompés de case sur le formulaire d’inscription et qu’ils adoraient le Dakar à la télé. On rigolait bien, très chouette !Le Pdt Lakomski s’étant perdu dans la matinée, nous le retrouvâmes au Restaurant d’altitude dont le menu se composait d’une tourte au Munster sur son lit de lardons, de galettes de pommes de terre au jarret et leur beurre d’escargot, du florilège de fromages au Riesling et d’un kougelhopf aux myrtilles dans sa nage crémière, le tout arrosé d’un Pinot noir. Nous sommes sortis, pour faire soft,  « très à l’aise ». Pendant ces agapes, Denis, le grand chef à plumes, jugeant le terrain beaucoup trop sec, était allé répandre des gravillons sur le parcours pour l’atelier suivant intitulé « la gamelle du jour». Je ne sais pas si c’est le Munster ou les lardons, mais j’ai remporté le trophée, oui, oui.A ce stade du récit, je dois confesser que, si l’on veut bien ranger les chutes et les piqûres d’amour-propre au rayon des blessures de guerre, je n’avais jamais fait une plus belle balade à moto de ma vie ! J’ai le souvenir notamment de l’apparition du Lac Vert – et Dieu sait qu’il était vert, le bougre, offrant à nos regards sa plénitude émeraude -, de ces lamas (véridique !) semblant surgir de l’Altiplano comme par enchantement ou de la ligne intangible du Rhin scintillant à l’horizon depuis les sommets. Le KIFF.Enfin, c’était pas tout ça et, n’ayant de meilleure compagnie qu’on ne quitte, fût-ce celle des sentiers vosgiens, il fallut, hélas, songer à rentrer.Le Pdt Lakomski s’étant perdu dans l’après-midi, nous le retrouvâmes sous la toile de tente de la Base de Loisirs de Saulxures sur Moselotte où un apéritif nous était offert. Très en verve, le Vice-Pdt Geffroy nous exhiba avec fierté son tout nouveau magazine « Salut, les taffioles ! » dont le premier numéro est dans tous les kiosques (vite, cher adhérent, renvoie ton coupon d’abonnement et ce mois-ci, retrouve le bungalow Arc-en-ciel en couverture et ta chambre single avec quatre motards dedans en double-page centrale !).Mais nous n’avions encore rien vu. Ne reculant devant nul sacrifice, le Club BMW France n’avait pas lésiné : un spectacle musical nous était offert dont la vedette était… Mylène Farmer ! Oui, cher adhérent qui n’es pas venu, tu as bien lu et voilà de quoi nourrir tes regrets éternels: Mylène Farmer ! Attention, pas un sosie, pas un clone, pas un ersatz de Mylène Farmer ! Non, LA Mylène Farmer ! Eh oui, c’est la crise pour tout le monde et Mylène doit mettre du beurre dans ses épinards comme nous tous : elle avait donc fait l’ouverture du SuperU de Dommartin-lès-Remiremont dans l’après-midi et c’est bien volontiers qu’elle venait se produire devant nos yeux esbaudis à la Base de Loisirs de Saulxures sur Moselotte. Ah, re-le Kiff ! Croyez-moi, c’était autre chose que du Mozart à Vienne ! La moitié des adhérents était en apnée, l’autre moitié avait enfilé son casque et se tapait la tête sur la table et la troisième moitié, je ne me souviens même plus, c’est vous dire mon état!Quelle soirée… ! (et tout ça pour un cachet à peine équivalent à 37 ans de cotisations au Club nous apprit le Pdt Lakomski par la suite pendant qu’il glissait une enveloppe format A3 au manager de Mylène…).C’est à regret que, tard dans la nuit, nous regagnâmes nos pavillons en bordure d’étang, rêvant de pneus à tétines, de Cordillère des Andes, de Munster aux myrtilles et de chambre single que tu serais tout seul dedans.Quand le jour fût levé, les viennoiseries avalées, nous étions tous assez mélancoliques et une seule question nous taraudait :-         quand est-ce qu’on remet ça ?Vous autres, je ne sais pas. Moi, une semaine plus tard jour pour jour, on me volait ma moto, ma moto qui avait enduré de l’enduro pour la première fois de sa courte existence, qui portait encore sur ses flancs les stigmates de l’âpreté vosgienne, qui avait forcé sans mollir les portes du tout-terrain et dont je suis, à l’heure où j’achève les surprenants développements de cette modeste chronique, toujours orphelin de guidon.On n’a rien sans rien, ahlàlà… ! Et dire que c’est ça, la vie…  Sandro Agénor

 

 
 
 
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