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DIABLE DE TASMANIE Une voix dans le haut parleur nous tire de notre sommeil. Le bateau va accoster dici quarante cinq minutes à Devonport, en Tasmanie. Juste le temps de se préparer, mais surtout daller voir sur le pont à quoi ressemble notre destination prochaine. Désillusion
La lumière du jour qui nait narrive pas à percer lépaisse couche de nuages noirs qui sagrippe à la côte et empêche de contempler les paysages que lon nous a vantés. Les « Cradle mountains » restent invisibles. Pourtant, avant lachat de nos billets de bateau, nous avons surveillé autant de fois que possible, la météo de la Tasmanie. Soleil radieux depuis des jours. Nous partions donc confiants, sûrs de faire une belle balade sur cette île méconnue. Nous pensons sérieusement nous faire payer par des gens habitant des régions touchées par la sécheresse afin que nous leur apportions la pluie ! Car encore une fois, après une longue période de chaleur, lherbe jaune en témoigne, notre arrivée coïncide avec celle de la pluie. Et pas que la pluie ! Si les diables vivent bien ici, leur enfer à une autre couleur que celle que nous imaginons. Le vent promis est au rendez-vous accompagné du froid ! Nous sommes passés de 40° à 6° ! Cest sûr que lîle doit être belle ! Des centaines de kilomètres de côtes, des forêts de gros eucalyptus aux troncs blancs, des cascades, des prairies qui recouvrent les collines, des rivières, des lacs et bien dautres, mais nous ne faisons que les entrevoir à loccasion dune petite accalmie. Les lourds nuages restent accrochés aux sommets des arbres et déversent des tonnes deau sur notre chemin. Impossible encore de visiter quoi que ce soit. Nous hésitons à rebrousser chemin aussitôt et à réembarquer dans le prochain bateau, mais le prix élevé de ce dernier nous convint de rester quand même quelques jours ici. Des fois que le temps change subitement
Paradoxalement, alors quenviron 20 % de la surface de lîle est protégée, les exploitations minières ou forestières et les canalisations deau forcées défigurent souvent le paysage. Nous roulons dun village à lautre. Les escales sont rythmées par la recherche de stations services équipées dun compresseur dair. Depuis quelques jours, le pneu arrière perd régulièrement de lair et nous narrivons pas à trouver lorigine de la fuite. Rouler avec un petit kilo de pression dans le pneu sur des routes tortueuses au revêtement pas forcément régulier et dans des conditions météorologiques déplorables, cela rajoute du piment
De nombreux cadavres de petits kangourous gisent tout au long de la chaussée. Encore une fois il faut être très vigilent. Au sujet de la faune, il est un animal que nous ne nous attendions pas à trouver ici : La sangsue ! Horreur ! Les serpents, les araignées, les lézards, passe. Mais ces bestioles qui saccrochent à votre peau pour vous pomper le sang avec tout leur corps noir qui frétille, la cela devient insupportable. Et justement, alors quentre deux averses nous essayons de planter la tente dans un coin de camping pas trop inondé, en voilà une qui saccroche sur longle de mon pouce doù nous avons toutes les peines à len déloger. A rouler sans ne rien voir, nous voilà déjà à Hobart au Sud de la Tasmanie. Impossible de camper ce soir. Il pleut toujours et encore, ce matin nous avons plié la tente sous des trombes deau, et du coup, le matériel est trempé. Le prix des chambres ici étant ridiculement élevé, la seule solution qui soffre à nous est la location dune caravane dans un camping. Intérieur glacial alors que nous sommes trempés et déjà presque congelés. Il a encore plu toute la nuit et cela continue. Triste de passer à côté dune telle occasion de découvrir un endroit aussi éloigné de chez nous à cause de la météo. La décision est vite prise et radicale. Nous remontons vers le Nord et bateau pour un retour sur le continent australien où nous avons tellement de kilomètres à parcourir et de choses à voir. De plus, comme toujours, le temps manque. Il ne faut pas le gaspiller ici avec la seule illusion que la météo va changer
Au diable la Tasmanie ! Et cest sur cette décision que nous abordons la côte Est de lîle. Et petit à petit, le ciel séclaircit pour devenir bleu et même bleu foncé. Certes cest au prix dun vent un peu fort, mais nous allons enfin pouvoir sécher. Nous faisons halte dans un magnifique petit village bâtit au fond dune jolie petite baie bordée de rochers roses. Bicheno. Les affaires sèchent rapidement et nous navons plus quà faire griller quelques saucisses avant daller dormir. Nous avons rendez-vous ce matin avec le maire du village. Vous pensez un peu, un français, maire dun village aussi joli en Tasmanie, nous nallions pas manquer cette rencontre. Et si lon vous dit quen plus, Bertrand, car cest de lui quil sagit, fait un peu de moto
Quand on dit un peu, même son véhicule de fonction est un deux roues. Un gros scooter de 600 cc avec lequel il effectue environ 25000 kilomètres par an sur les routes tortueuses de lîle. En fait dune simple visite, Bertrand nous invite chez lui pour quelques jours. Imaginez, une jolie petite maison, au milieu dune forêt deucalyptus et qui surplombe la mer, nous nallons pas refuser !... Et puis, Bertrand, avec sa stature colossale, ses 120 kilos et ses moustaches aux mêmes proportions, un personnage incroyable qui a une vie digne dun roman tellement elle est riche daventures en tous genres ! Ce dernier a vite fait de nous donner les meilleurs conseils pour visiter la région. Et nous ne nous en privons pas ! En commençant par le petit musée de la moto du village. Eh oui, avec un tel maire, le village est déclaré « MOTORCYCLE FRIENDLY ». Avec un peu de matériel nous avons trouvé les deux trous qui laissaient fuir lair du pneu arrière, le temps dy mettre deux mèches, de gonfler un peu et nous roulons. Cest loccasion deffectuer de petites randonnées à pieds, qui nous font accéder à des points de vue sur des baies et plages idylliques et qui nous permettent de rencontrer ces kangourous qui viennent se frotter à nous, des fois que nous ayons quelques victuailles à leur donner, ou des animaux inconnus comme ces échidnés
De pistes en petites routes, nous traversons des forêts où vivent les plus vieux eucalyptus de la planète avec leurs 91 mètres de haut et leur 16 à 17 mètres de circonférence, et où coulent de magnifiques cascades sous dénormes fougères arborescentes qui nous procurent une ombre et une fraicheur bienvenues. Une dernière petite balade sur les rochers de Bicheno pour voir lévent (leau des vagues de locéan sengouffre dans une faille rocheuse et monte à la verticale par une « cheminée » pour offrir un spectacle similaire à celui dun geyser) et quelques pingouins fairys et il est déjà temps de rouler vers le Nord de lîle. Nous allons déjà quitter cet endroit paradisiaque que tous les motards australiens sillonnent régulièrement (ils trouvent ici les virages qui leur manquent sur le continent). Après une petite visite de Launceston, les routes tortueuses nous ramènent à Devonport où le « Spirit of Tasmania » nous attend amarré dans lestuaire dune rivière. Nous navons pas rencontré les fameux diables de Tasmanie, de plus en plus rares, mais nous avons découvert, alors que cétait assez mal parti, une île extraordinaire de contrastes et de beauté. Traversée vers Melbourne le temps dune nuit, escale technique dune paire de jours, et nous partons vers lOuest. Au menu, Adelaïde, Port Augusta et Perth soit environ 3500 kilomètres, mais où nous attend aussi le redoutable désert de la plaine de Nullarbor. Cest avec lAustralie authentique que nous avons désormais rendez-vous.
Nous navons plus quà trouver une connexion internet pour vous faire parvenir de nos nouvelles et ce ne sera pas le plus facile ! Bonne continuation et à bientôt !
Amitiés
Chris et Alain
www.motards-nomades.com www.provence-moto-rando.org
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