BULLETIN NO 24 TOUR DU MONDE Alain ARNAUD 2009 03 18

 DIABLE DE TASMANIE

 

Une voix dans le haut parleur nous tire de notre sommeil. Le
bateau va accoster d’ici quarante cinq minutes à Devonport,
en Tasmanie. Juste le temps de se préparer, mais surtout
d’aller voir sur le pont à quoi ressemble notre destination
prochaine. Désillusion… La lumière du jour qui nait n’arrive
pas à percer l’épaisse couche de nuages noirs qui s’agrippe
à la côte et empêche de  contempler les paysages que l’on
nous a vantés. Les « Cradle mountains » restent invisibles.
Pourtant, avant l’achat de nos billets de bateau, nous avons
surveillé autant de fois que possible, la météo de la
Tasmanie. Soleil radieux depuis des jours. Nous partions
donc confiants, sûrs de faire une belle balade sur cette île
méconnue.
Nous pensons sérieusement nous faire payer par des gens
habitant des régions touchées par la sécheresse afin que
nous leur apportions la pluie ! Car encore une fois, après
une longue période de chaleur, l’herbe jaune en témoigne,
notre arrivée coïncide avec celle de la pluie. Et pas que la
pluie ! Si les diables vivent bien ici, leur enfer à une
autre couleur que celle que nous imaginons. Le vent promis
est au rendez-vous accompagné du froid ! Nous sommes passés
de 40° à  6° !
C’est sûr que l’île doit être belle ! Des centaines de
kilomètres de côtes, des forêts de gros eucalyptus aux
troncs blancs, des cascades, des prairies qui recouvrent les
collines, des rivières,  des  lacs et bien d’autres, mais
nous ne faisons que les entrevoir à l’occasion d’une petite
accalmie. Les lourds nuages restent accrochés aux sommets
des arbres et déversent des tonnes d’eau sur notre chemin.
Impossible encore de visiter quoi que ce soit. Nous hésitons
à rebrousser chemin aussitôt et à réembarquer dans le
prochain bateau, mais le prix élevé de ce dernier nous
convint de rester quand même quelques jours ici. Des fois
que le temps change subitement…
Paradoxalement, alors qu’environ 20 % de la surface de l’île
est protégée, les exploitations minières ou forestières et
les  canalisations d’eau forcées  défigurent souvent le paysage.
Nous roulons d’un village à l’autre. Les escales sont
rythmées par la recherche de stations services équipées d’un
compresseur d’air. Depuis quelques jours, le pneu arrière
perd régulièrement de l’air et nous n’arrivons pas à trouver
l’origine de la fuite. Rouler avec un petit kilo de pression
dans le pneu sur des routes tortueuses  au revêtement pas
forcément régulier et dans des conditions météorologiques
déplorables, cela rajoute du piment…
De nombreux cadavres de petits kangourous gisent tout au
long de la chaussée. Encore une fois il faut être très
vigilent. Au sujet de la faune, il est un animal que nous ne
nous attendions pas à trouver ici : La sangsue ! Horreur !
Les serpents, les araignées, les lézards, passe. Mais ces
bestioles qui s’accrochent à votre peau pour vous pomper le
sang avec tout leur corps noir qui frétille, la cela devient
insupportable. Et justement, alors qu’entre deux averses
nous essayons de planter la tente dans un coin de camping
pas trop inondé, en voilà une qui s’accroche sur l’ongle de
mon pouce d’où nous avons toutes les peines à l’en déloger.
A rouler sans ne rien voir, nous voilà déjà à Hobart au Sud
de la Tasmanie. Impossible de camper ce soir. Il pleut
toujours et encore, ce matin nous avons plié la tente sous
des trombes d’eau, et du coup, le matériel est trempé. Le
prix des chambres ici étant ridiculement élevé, la seule
solution qui s’offre à nous est la location d’une caravane
dans un camping. Intérieur glacial alors que nous sommes
trempés et déjà presque congelés.
Il a encore plu toute la nuit et cela continue. Triste de
passer à côté d’une telle occasion de découvrir un endroit
aussi éloigné de chez nous à cause de la météo. La décision
est vite prise et radicale. Nous remontons vers le Nord et
bateau pour un retour sur le continent australien où nous
avons tellement de kilomètres à parcourir et de choses à
voir. De plus, comme toujours, le temps manque. Il ne faut
pas le gaspiller ici avec la seule illusion que la météo va
changer… Au diable la Tasmanie !
Et c’est sur cette décision que nous abordons la côte Est de
l’île. Et petit à petit, le ciel s’éclaircit pour devenir
bleu et même bleu foncé. Certes c’est au prix d’un vent un
peu fort, mais nous allons enfin pouvoir sécher. Nous
faisons halte dans un magnifique petit village bâtit au fond
d’une jolie petite baie bordée de rochers roses. Bicheno.
Les affaires sèchent rapidement et nous n’avons plus qu’à
faire griller quelques saucisses avant d’aller dormir.
Nous avons rendez-vous ce matin avec le maire du village.
Vous pensez un peu, un français, maire d’un village aussi
joli en Tasmanie, nous n’allions pas manquer cette
rencontre. Et si l’on vous dit qu’en plus, Bertrand, car
c’est de lui qu’il s’agit, fait un peu de moto… Quand on dit
un peu, même son véhicule de fonction est un deux roues. Un
gros scooter de 600 cc avec lequel il effectue environ 25000
kilomètres par an sur les routes tortueuses de l’île. En
fait d’une simple visite, Bertrand nous invite chez lui pour
quelques jours. Imaginez, une jolie petite maison, au milieu
d’une forêt d’eucalyptus et qui surplombe la mer, nous
n’allons pas refuser !... Et puis, Bertrand, avec sa stature
colossale, ses 120 kilos et ses moustaches aux mêmes
proportions, un personnage incroyable qui a une vie digne
d’un roman tellement elle est riche d’aventures en tous
genres ! Ce dernier a vite fait de nous donner les meilleurs
conseils pour visiter la région. Et nous ne nous en privons
pas ! En commençant par le petit musée de la moto du
village. Eh oui, avec un tel maire, le village est déclaré «
MOTORCYCLE FRIENDLY ».
Avec un peu de matériel nous avons trouvé les deux trous qui
laissaient fuir l’air du pneu arrière, le temps d’y mettre
deux mèches, de gonfler un peu et nous roulons.
C’est l’occasion d’effectuer de petites randonnées à pieds,
qui nous font accéder à des points de vue sur des baies et
plages idylliques et qui nous permettent de rencontrer ces
kangourous qui viennent se frotter à nous, des fois que nous
ayons quelques victuailles à leur donner, ou des animaux
inconnus comme ces  échidnés …
De pistes en petites routes, nous traversons des forêts où
vivent les plus vieux eucalyptus de la planète avec leurs 91
mètres de haut et leur 16 à 17 mètres de circonférence, et
où coulent de magnifiques cascades sous d’énormes fougères
arborescentes qui nous procurent une ombre et une fraicheur
bienvenues.
Une dernière petite balade sur les rochers de Bicheno pour
voir l’évent (l’eau des vagues de l’océan s’engouffre dans
une faille rocheuse et monte à la verticale par une «
cheminée » pour offrir un spectacle similaire à celui d’un
geyser) et quelques pingouins fairys et il est déjà temps de
rouler vers le Nord de l’île. Nous allons déjà quitter cet
endroit paradisiaque que tous les motards australiens
sillonnent régulièrement (ils trouvent ici les virages qui
leur manquent sur le continent). Après une petite visite de
Launceston, les routes tortueuses nous ramènent à Devonport
où le « Spirit of Tasmania » nous attend amarré dans
l’estuaire d’une rivière.
Nous n’avons pas rencontré les fameux diables de Tasmanie,
de plus en plus rares, mais nous avons découvert, alors que
c’était assez mal parti, une île extraordinaire de
contrastes et de beauté.
Traversée  vers Melbourne le temps d’une nuit, escale
technique d’une paire de jours, et nous partons vers
l’Ouest. Au menu, Adelaïde, Port Augusta et Perth soit
environ 3500 kilomètres, mais où nous attend aussi le
redoutable désert de la plaine de Nullarbor. C’est avec
l’Australie authentique que nous avons  désormais rendez-vous.

Nous n’avons plus qu’à trouver une connexion internet pour
vous faire parvenir de nos nouvelles et ce ne sera pas le
plus facile !
Bonne continuation et à bientôt !

Amitiés

Chris et Alain

www.motards-nomades.com
www.provence-moto-rando.org

 
 
 
Réalisation CJSolutions