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BULLETIN NO 18 Alain ARNAUD 28 decembre 2008
UN PEU D'ATACAMA POUR LE DESERT ? Un beau ruban de goudron bien lisse avec un magnifique marquage au sol bien blanc. Des autocars qui ne fument pas, une signalisation routière digne de ce nom et des automobilistes qui la respectent. Même pas un coup de klaxon avant que le feu ne passe au vert
Et puis, il y a des boucheries avec des banques réfrigérées
La première ville du Chili où nous faisons escale ressemble à une ville européenne. Après trois mois passés en Amérique Centrale et du Sud, cest comme si nous venions dune autre planète. Le prix de la chambre dhôtel de ce soir aussi va nous rappeler que nous avons à nouveau changé de monde
Plus rien à voir avec les pays un peu plus au Nord. Le confort se paye au prix fort. Mais avant darriver à Calama, ville où nous faisons étape, il a fallut encore parcourir des kilomètres de piste pas vraiment faciles. Heureusement, comme bien souvent dans cette situation, la beauté des paysages est proportionnelle à la difficulté. Cest dire que nous nous sentons un peu privilégiés de découvrir des sites comme les salars dAscotan ou de Carcote où vivent paisiblement des milliers de flamants roses et où courent des vigognes aux couleurs de lherbe qui pousse au pied du volcan fumant. Tout en admirant ces paysages dun autre monde et en luttant pour faire avancer la moto sans tomber, nous entrons dans le célèbre désert dAtacama. Encore plus sec que le Sahara en étant si proche du plus grand océan de la planète. Encore plus minéral aussi. Cest incroyable, mais ici les couleurs sont en fête perpétuellement. Le gris banal peut côtoyer le rose le plus éclatant en passant par toutes les nuances de rouge. Inutile de dire, que même si nous en avons plein les bras, nous en prenons aussi plein les yeux ! Le lendemain, la petite centaine de kilomètres de goudron qui nous permet de rallier San Pedro dAtacama, nest quune formalité réglée en une heure. Nous avions aussi perdu lhabitude de nous déplacer aussi rapidement. Le village de San Pedro, construit en pisé, est bâti au milieu dune oasis de verdure qui semble faire une tache verte au milieu du désert. Lactivité reine ici : Le tourisme. Sans cela, personne naurait de quoi vivre dans ce coin perdu. Il y a de quoi voir dans la région. Les touristes affluent et les prix sen ressentent. La ville la plus chère du Chili dit-on ici. Heureusement, nous retrouvons la possibilité de planter la tente dans un camping. Excellent point de base pour rayonner dans les alentours. Les journées qui suivent vont donc être consacrées à la découverte de différents sites comme les lagunes de Mercanti, coincées à plus de 4000 mètres daltitude entre les volcans, ou la vallée de la Lune à proximité du village. Mais le « gros morceau » de notre séjour ici, ce sont les « lagunas Verde et Colorada ». Et celles-ci se trouvent côté bolivien. Chris trop fatiguée préfère faire une pause dune journée pendant que je pars seul vers ces destinations très prisées des agences de tourisme du coin. Il faut ressortir officiellement du Chili, refaire les formalités dentrée en Bolivie et vice versa au retour. La balade commence par une belle route goudronnée qui en cinquante kilomètre nous fait passer de 2400 mètres à plus de 4000. Une belle piste conduit ensuite au poste frontière bolivien. Et cest après celui-ci que les choses sérieuses commencent. Ou recommencent à dire vrai. La Bolivie na pas changée en quelques jours
Cest comme une piqure de rappel pour les gens qui auraient trop vite oublié la difficulté des pistes boliviennes. Passé lentrée du parc national, revoilà le sable, la tôle ondulée et les 4X4 des tours opérateurs qui roulent comme sils effectuaient une spéciale du « Dakar ». Projections de pierres et poussière en prime. Dici, il y a tout juste 122 kilomètres pour rejoindre la laguna Colorada. Pas grand-chose en temps normal. Mais ici, rien nest normal. Cest la galère pour le moindre déplacement. Et 122 kilomètres, cela peut prendre beaucoup de temps et dénergie. A tel point, que jai emmené avec moi mon sac de couchage, au cas où, et des victuailles pour tenir jusquau lendemain. En fait, il faut vraiment venir ici avec un gros 4X4 capable de « survoler » la tôle ondulée et les passages de sable trop mou. Cest la seule façon dapprécier vraiment le fantastique paysage qui entoure cet enfer quest la piste. A certains moments, les volcans entourent la piste, puis laissent la place à dimmenses surfaces planes couvertes de gravier rose. Un peu plus loin, un nouveau salar apparait avec ses flamants roses qui se tiennent prés de la source deau chaude qui sécoule dun bassin où il ferait bon prendre un bain, si seulement javais plus de temps
Un col à 4918 mètres daltitude, qui pulvérise notre ancien « record », et la voilà qui apparait enfin cette fameuse laguna Colorada ! Il a juste fallut 5h30 pour y arriver. De plus, quand on dit « colorada », cest un bien grand mot, qui aujourdhui nest pas dactualité. Nous sommes loin de ce que nous avons pu voir sur certaines photos. Il semble quaujourdhui, la télé couleur soit en panne
En effet, en début daprès midi le ciel sest chargé de gros nuages noirs et maintenant tout est gris. Pourtant, des milliers de flamants fouillent paisiblement le fond de la lagune à la recherche de nourriture et il est vrai quà quelques mètres de la berge, leau est rouge
Tant defforts pour un bien maigre spectacle
Pas de chance. Et en plus, il faut retourner
Le trajet aller a été épuisant, et il faut donc en faire autant avant que le poste de douane bolivien ne ferme en début de soirée. De plus, pour éviter de faire 20 kilomètres supplémentaires, jai choisi de ne pas aller au poste de douane (qui ne se trouve pas sur la piste principale, cela aurait été trop simple) et je suis donc sur une moto « clandestine ». Il ne fait donc pas bon sattarder dans les parages, et il vaut mieux quil narrive rien si je ne veux pas moisir dans une prison bolivienne pendant quelques temps
En fin daprès-midi, à lapproche de la frontière, détour à la laguna « Verde » dont leau, comme son nom lindique est verte. Magnifique au pied du volcan Licancabur. A nouveau les formalités de passage de la frontière et me revoilà au Chili. Cette fois, cen est terminé de la Bolivie. La suite du voyage sera beaucoup plus calme. Si ce nest quelques passages sur la Panaméricaine qui mériteraient quelques pelles de goudron, nous longeons tranquillement la côte Pacifique pour continuer vers le Sud. Passage du tropique du Capricorne, étape agréable à Antofagasta où se déroulent des festivités (le 8 décembre est férié au Chili), passage à proximité du VLT (le plus grand télescope du monde, dont une partie est financée par la France), et quelques bivouacs à proximité de locéan où nous faisons une cure de calme et de sommeil. Les pistes au Chili étant bien meilleures quen Bolivie, par exemple, nous en empruntons de temps en temps, qui longent la côte, et nous permettent de découvrir de petits villages de pécheurs complètement perdus. Mais déjà, arrive le passage obligé à Valparaiso. Obligé, car en plus de visiter la ville (ce nest pas le plus désagréable), nous allons ici, commencer à chercher une compagnie maritime qui veuille bien transporter la moto en Australie le mois prochain. Et ce nest pas gagné : Il semble, après une demi-journée de recherche, quaucun bateau naille dans cette direction, faute de commerce assez important entre les deux pays. Tous vont vers lAsie. Cela commence mal. Dans ce cas là, il ny a quune chose à faire : Sinstaller à une terrasse et déguster une bonne glace ! Cela ne résout pas le problème, mais au moins nous pensons à autre chose
Et à ce sujet, il y avait une chose que nous avions oubliée complètement : Les fêtes de fin dannée. Ici aussi, comme en Europe, tout le monde sactive pour les préparatifs de Noël. Les magasins ouverts les dimanches, les décorations, les arbres en plastiques avec la neige en bombe, et les gens qui parcourent les rues chargés de paquets. Il est plaisant de regarder toute cette agitation en dégustant un kilo de cerises fraiches achetées 40 centimes deuro et en se rappelant quà Sisteron, actuellement, il y a 50 centimètres de neige ! Ici, lété arrive dans quelques jours. Malgré tout, Valparaiso ne nous laissera pas un souvenir impérissable. Ville qui semble abandonnée à son sort. Maisons non entretenues depuis longtemps, rue sales et complètement défoncées, des graffitis partout sans parler des « zonards » qui envahissent les rues en fin daprès-midi. Cette ville mythique du Chili est loin de tenir ses promesses aux touristes de passage. Même les fameux ascenseurs qui permettent descalader plus facilement la multitude de collines sur lesquelles est bâtie la ville et qui sont limage de cette dernière, sont complètement délabrés. Cest avec cette triste impression que nous nous dirigeons vers la capitale du pays, Santiago. Les descriptions de la capitale données par certaines personnes rencontrées plus tôt ne nous incitent pas à y aller plus vite. Nous avons en mémoire les villes de Lima, la Paz ou encore Quito encastrées entre les montagnes pour les deux dernières, toutes polluées et surpeuplées. Et à notre arrivée, surprise : Environ 560 mètres daltitude, une ville assez plate et construite en damier avec de larges avenues où lon respire. Une ville moderne où il fait bon se balader tranquillement dans le centre réservé aux piétons. Soleil, environ 27 degrés, que demander de mieux ? Un seul détail, dans notre histoire, depuis maintenant 8 mois, se balader tranquillement ne fait plus parti de notre programme. Faire changer les pneus de la moto, faire effectuer une mise au point moteur et réparer deux bricoles dune part ; dun autre coté, il nous faut absolument trouver des solutions pour nous rendre en Australie le mois prochain. Notre visite de la ville, pendant trois jours, va consister à se rendre dune agence de transport à lautre, dune agence de voyage à un bureau de compagnie aérienne à un autre
Passionnant ! Cest finalement à la zone de fret de laéroport que nous allons trouver un tarif et des conditions intéressantes pour transporter la moto. Nous quittons du coup la capitale soulagés, sachant très bien quil va tout falloir recommencer dans quelques semaines à Buenos Aire. Il parait que les tarifs sont plus bas de lautre côté de la frontière
Nous avions deux solutions pour rejoindre Puerto Montt, où débute la Carretera Austral. Soit en passant en Argentine avec des paysages beaucoup plus sauvages, soit directement par lautoroute sur plus de mille kilomètres. Cest cette deuxième solution que nous avons choisie. Et à peine à la porte de la Patagonie, nous en profitons déjà au maximum. Il faut voir ce quil tombe ici ! En plus avec le vent, la pluie tombe presque à lhorizontale
Dici nous souhaitions aller visiter lîle de Chiloé
Il va nous falloir attendre un peu que le temps soit plus clément, si çà doit se calmer un jour
De plus nous apprenons quil y a très peu de bateaux entre lîle et la Carretera Austral, très peu de bateaux aussi au départ de Puerto Montt. Et le tout à des tarifs à vous donner envie de créer une compagnie maritime ! Quoi quil en soit maintenant, il semble que nous nous acheminions vers un détour assez long par lArgentine pour revenir au Chili plus au Sud.
Chris et Alain |