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BULLETIN NO 17 Alain ARNAUD 13 décembre 2008
BULLETIN NO 17 Alain ARNAUD 13 décembre 2008 Le soleil se couche sur le lac Titicaca en embrasant le ciel dun rouge feu. Nous contemplons le spectacle depuis la baie vitrée de notre chambre dhôtel sur la rive bolivienne du lac. Encore une fois, tous les préjugés concernant le passage de la frontière dun pays dAmérique du Sud sont tombés lespace de trente minutes. Le temps quil nous a fallut pour remplir les formalités habituelles. Nous passons cette première nuit à Copacabana, petite ville agréable, construite au fond dune petite baie du lac. Bonne entrée en matière pour un pays dont on se pose tant de questions. Le lendemain va être une journée riche en rencontres et en émotions. Rencontre avec un couple de Suisses bien sympathique, qui voyage en 4X4 à travers lAmérique du Sud depuis
8 ans ! Mais plus fort encore, au bas dun col de plus de 4000 mètres daltitude qui va nous permettre de rejoindre le petit détroit qui sépare le lac en deux parties, cette famille de français de La Rochelle (les parents et trois enfants de 6 à 13 ans) qui tente de faire un tour du Monde à vélo en 2 ans. Ici aussi, encore, un drôle de vélo pour le père et son plus jeune fils qui pédale à lavant de lengin. Il faut voir les photos pour comprendre ! Ils font fort les cyclistes français ! Plus que les motards. Seuls Caroline et Didier croisés à Calgary il y a si longtemps déjà et Peter et son épouse (dont nous vous avons parlé précédemment et qui ne sont pas vraiment français en plus
) qui croisent de temps à autre notre chemin. Cela fait très peu en plus de sept mois de route
Nous nous attendions à une traversée du détroit sur un bac comme nous en empruntons de temps à autres aux quatre coins du globe. Et bien non. La Bolivie nous réserve une première surprise. Ici, pas de bac financé par le pays pour assurer la continuité territoriale. Une lignée de vielles barques attend les clients. Sengage alors entre les propriétaires une véritable course pour emporter le marché quand un véhicule se présente. Les prix descendent sans que nous nayons rien à faire. Il nous suffit de choisir la barque qui parait en meilleur état. Pas évident. Nous choisissons la moins mauvaise. Celle dont le fond est constitué des meilleures planches. Un seul véhicule par traversée. Cest bien assez, nous allons vite nous en rendre compte. Pas de problème pour embarquer. Cest après que les choses prennent une autre dimension. Dabord il faut à notre taxi du moment, faire un peu de mécanique pour démarrer le moteur de lembarcation. Puis, à peine avons-nous quitté le rivage, nous sentons la barque se tordre dans tous les sens. Vous avez certainement entendu parler du « Pitalugue » de Pagnol, eh bien là, cest encore pire que ce que décrit ce bon vieux César ! Il faut absolument tenir la moto pour éviter quelle ne tombe. Quand les vagues sen mêlent, il faudrait aussi quelque chose pour tenir Alain qui a les plus grandes difficultés à se tenir et à tenir la moto. La distance entre les deux rives ne doit pas être très grande. Mais dans ces conditions, le temps semble sarrêter
Et une fois de lautre côté, il faut encore débarquer la moto en marche arrière sur ces planches mal ajustées qui ne demandent quà rompre sous le poids. Lexercice terminé, contents davoir réchappés à cette épreuve et que la moto ne soit pas au fond du détroit, nous roulons vers la capitale du pays, La Paz. Etrange sensation, en voyant les berges du lac à notre droite, qui nous donnent limpression de longer la mer, alors quil neige jusquau pied des montagnes à deux ou trois kilomètres sur notre gauche. Nous sommes sur laltiplano, à environ quatre mille mètres daltitude
La Paz ressemble étrangement à Quito. La ville occupe le fond dune vallée et remonte sur les collines qui la bordent. Quand nous disons colline, cest notre façon de parler. Car le bas de la ville doit être à 3400 mètres et le haut à 4050 mètres daltitude ! Nous vous laissons imaginer les degrés de pente de certaines rues ! La ville est assez agréable si lon excepte la pollution engendrée par le trop grand nombre de bus diesels et si mal réglés. Les visites de marchés où les vendeuses portent le chapeau melon sont des plus pittoresques avec de la couleur à foison. Ici, que ce soit en peinture sur les murs, imprimé sur les tee-shirts ou autre, le Ché est omniprésent. Plus que le célèbre Simon Bolivar à qui le pays doit tant. Etrange le coin de marché réservé aux sorciers
Peaux danimaux divers, statuettes, poudres en tous genres, crapauds séchés, becs de toucans, ftus de lama et bien dautres produits miracles encombrent des étalages poussiéreux. Nous profitons encore de notre séjour dans la capitale pour faire réparer les fermetures « zip » de notre tente et changer celles de notre sac photo. Cette deuxième opération va nous couter la somme incroyable de 20 bolivianos, soit environ 2,50 euros ! Puisque nous sommes dans les prix, nous avons fait ici notre premier plein de carburant en Bolivie : 3,74 bolivianos le litre dessence, soit 0,45 euro le litre. Il parait que le prix du carburant a baissé en France ? La Paz ne nous retiendra pas plus. Les montagnes environnantes sont bien plus attirantes. Certes la ville est construite en altitude. Mais quand, vingt kilomètres à peine du centre ville nous franchissons un col à 4683 mètres, au milieu de montagnes pelées et presque désertes, cela parait presque impossible. Et pourtant nous y sommes bien. Le manque doxygène au moindre effort est là pour nous le rappeler. Le vent froid souffle fort. Des gens sont arrêtés au col et tout prés de leur voiture, ils se tiennent accroupis ou assis sur le sol. Nous nous approchons pour voir ce quil se passe. Cest là que nous reconnaissons de nombreux objets aperçus la veille au marché des sorciers. Ces Boliviens sont en fait en train dexécuter des rituels
Nous sommes ici pour parcourir la fameuse « route de la mort » qui il y a encore une paire dannée détenait le triste record dune centaine de morts par an. La piste dune largeur de 3,20 mètres en moyenne, accrochée aux parois abruptes des montagnes serpente sur les flancs des montagnes au dessus de plus de 1000 mètres de vide à certains endroits. Lindiscipline des chauffeurs à fait le reste quant à la réputation de la route. On nous avait dit, vous ne pouvez pas manquer le début de la piste. Il y a un grand panneau
Effectivement, il y a un grand panneau au début de la piste sur laquelle nous nous engageons. Evidemment, pas beaucoup de circulation depuis qua été mise en service la nouvelle route goudronnée. Nous voilà partis pour une cinquantaine de kilomètres dune piste à la réputation dune tueuse. Effectivement, nous longeons des précipices vertigineux. De nombreuses cascades dévalent les montagnes en pulvérisant les rares passants sur la piste. A certains endroits, les flancs des montagnes sont couverts dhortensias. Par contre, et cest une surprise, pas de groupe de cyclistes dévalant à grande vitesse la pente. Les agences proposant cette balade « exotique » à tous les cyclistes du monde sont très nombreuses à La Paz et dans les petites villes environnantes. Nous voilà, en milieu daprès midi à la bifurcation qui nous fait abandonner cette fameuse piste. Pas si terrible que cela finalement la « Route de la Mort »
Nous restons sur un sentiment bizarre. Comme quelque chose qui ne colle pas. La piste que nous empruntons maintenant pour nous rendre à Coroico est encore plus étroite. De plus pas de circulation. Sommes-nous dans la bonne direction ? Le GPS confirme que oui. Par contre ; ce dernier, faute dune cartographie plus précise, ne nous donne que les distances à « vol doiseau ». La distance nous séparant de notre destination est dérisoire. Et pourtant cest juste un peu avant la nuit que nous allons y arriver. Epuisés. La piste suit le flanc des montagnes. Pas de pont, pas de tunnel pour réduire la distance. De plus, lorsque nous traversons la petite ville de Coripata, nous nous trouvons bloqués par des travaux. Nous pensons presque à une plaisanterie quand on nous dit, que non, il ny a pas dautre passage, mais quil est impossible de passer car le béton est frais et que les coffrages sont en place et que
Incroyable ! Ils ne peuvent pas sorganiser pour faire les travaux en deux fois et laisser une voie ouverte à la circulation
Nous sommes un peu décontenancés et commençons à envisager de refaire toute cette piste dans lautre sens. Impossible avant la nuit
Cest alors quapparait Gabriel qui na certainement rien dautre à faire que de regarder les autres travailler. Ce dernier nous dit : Il y a un chemin en dessous
Nous avons beau regarder, nous ne voyons rien. Ni une ni deux. Puisquil y a possibilité de rejoindre lautre coté de la ville, Alain charge Gabriel à larrière de la moto et les voilà partis à la recherche de ce passage improbable. Et, effectivement, à quelques kilomètres du village, une piste plonge dans la vallée. Les lacets senchainent à travers les champs de coca qui pousse sur des terrasses construites sur des pentes vertigineuses où saffairent les paysans. Nous ne tardons pas à nous trouver en bordure de la rivière. Quelques passages à gué vont dailleurs nous remplir les chaussures deau. La remontée est aussi belle. Après quarante minutes pour parcourir vingt kilomètres, nous voilà de lautre côté de la ville. A notre arrivée, Gabriel descend de la moto et sécroule au sol épuisé. Il vient de vivre une aventure qui va certainement alimenter ses conversations pendant quelques temps. Chris retrouve sa place et la piste continue. Nous croisons beaucoup de paysans qui se déplacent sur de vieilles motos « Jawa » aux moteurs deux temps fumants. Le soleil se couche derrière les montagnes immenses quand nous arrivons enfin à Coroico. Une nuit de sommeil ne sera pas de trop pour récupérer
Petit déjeuner au soleil face à la place centrale du village. Pas de précipitation, le retour va se faire par la belle route toute neuve. Nous devrions être à la Paz en à peine plus dune heure. Ça, cest de la théorie
Nous allons vite nous en rendre compte. Alors que nous sortons du village, nous croisons plusieurs automobilistes qui nous font des signes et semblent vouloir nous dire quelque chose. Nous nous arrêtons et demandons à un chauffeur ce quil se passe. « La nouvelle route est coupée. Il vous faut prendre la vieille route pour vous rendre à La Paz ». La vieille route ? Celle que nous avons prise hier ? Non, celle là, en bas
Mais alors, hier, nous nétions donc pas sur la vieille route, donc pas sur la « route de la mort »
Un vrai jeu de piste que de se déplacer en Bolivie ! Car cette fois, alors que nous montons vers le col de la Cumbre, à flanc de montagnes, tout correspond aux différents reportages vus à la télé. Piste étroite, ravins vertigineux, forêt tropicale, un nombre incroyable de croix plantées au bord de la piste, et qui correspond chaque fois à une victime de la route, et, les cyclistes qui dévalent la pente à des vitesses effrayantes. Les camions nempruntant plus ce passage, le danger provient deux maintenant. Tous ne sont pas vraiment maitres des commandes
et ne respectent pas vraiment une règle particulière à cette route : Rouler à gauche. Quand nous arrivons au goudron, nous sommes à seulement quelques kilomètres de lentrée de la piste que nous avons prise la veille. Nous la voyons dailleurs au fond de la vallée, en bas ! Et ici, aucun panneau. Il faut deviner pour trouver. Bon, nous avons eu droit à un petit plus
La traversée de La Paz va être du même genre. Il ne faut pas hésiter à demander son chemin à presque chaque croisement pour sen sortir. La route vers Potosi et Sucre sera plus tranquille. Paysages andins, cols à plus de 4000 mètres. La routine quoi ! Potosi, ville minière sans intérêt ne sera quune étape logistique. En plus, il pleut ! Nous avions un peu oublié ce quétait la pluie, la voilà qui se rappelle à notre souvenir. Sucre ne sera pas plus une étape inoubliable et nous quittons cette ville pour entamer un gros morceau de notre voyage. Le salar dUyuni et la liaison vers le Chili par la piste. Et ça commence fort ! 136 kilomètres de piste complètement défoncée et en travaux entre Potosi et Uyuni. Deux demi-journées entrecoupées dun bivouac seront nécessaire pour faire cette étape. Du sable, de la tôle ondulée, de la boue, de la terre labourée, des passages à gué, sans oublier les camions qui roulent à toute vitesse et dont les roues projettent des gerbes de pierres en soulevant un nuage de poussière opaque
Tout est réuni pour faire de cette piste une belle galère. Larrivée dans la petite ville dUyuni, entourée dune véritable décharge, est un soulagement malgré que nous soyons bien conscients que maintenant, il faut avancer
par la piste. Et comment sera-t-elle ? Ravitaillement en carburant, nourriture et eau. Difficile davoir des renseignements fiables ici. Nous faisons une synthèse des informations difficilement récoltées et nous lançons sur une nouvelle piste sensée nous conduire sur le salar. Encore une fois, il nous faut deviner les choses. Après quelques détours, nous y voici enfin. Face à nous, une étendue plate et blanche à perte de vue. Jusquaux montagnes là-bas, au loin. Très loin. Notre objectif, en cette fin daprès-midi, rejoindre lile des Pécheurs (Pescados) pour y bivouaquer la nuit prochaine. Et comme rien ne se passe comme il faudrait, cest au Nord du salar que nous nous retrouvons, au pied dun volcan. Le policier, au dernier croisement, il avait dit : « tout droit ! ». Il ne nous reste plus quà redescendre vers le sud. Hors de question de sortir des traces de gomme laissées sur le sel par les 4X4. Cela nous assure de ne pas tomber dans une zone humide ou nous risquerions de nous enliser. Par rapport à la journée précédente, où rouler à 40 kilomètres heure était un record, quel bonheur : Sur le sel dur et abrasif nous pouvons rouler à 110 kilomètres heure sans aucun souci. Seuls au monde, cest limpression que nous avons quand le soleil se lève sur notre bivouac sur la plage de lile Pescados. Une grotte derrière la tente, des cactus qui recouvrent la colline, et face à nous, cette immense étendue de sel qui se colore de rose avec la lumière du soleil. Ce matin, il va falloir sortir du salar. Ce serait simple si, souvent les bords nétaient pas des zones humides
Un point GPS nous indique la direction à suivre. Contrairement à la veille, nous sommes un peu plus téméraires. Il faut dire que nous y voyons mieux nous avons plus de temps et nous commençons à savoir « lire » le sel. Les zones plus humides sont plus foncées et puis évidemment, la roue arrière a une tendance à senfoncer plus quà la normale. La sortie se fait en empruntant une digue en terre qui rejoint une piste
infernale. Les kilomètres ne défilent pas plus vite que ne tourne la petite aiguille dune montre. Du sable. Trop de sable ! La chaleur sen mêle. Les distances à parcourir sont ridicules et pourtant nous nous rendons vite compte que nous ne seront pas ce soir au Chili pourtant si proche. Larrivée au petit village de San Juan est encore une fois un soulagement. Il nous faut suivre des pistes tracées sur un autre salar pour rejoindre la frontière à une soixantaine de kilomètres. Rien à voir avec le salar dUyuni. Ici, la piste est très variable. Tantôt très bonne, il arrive que nous puissions rouler en troisième vitesse, tantôt pourrie, où Chris doit descendre de la moto et marcher. Passer une frontière le soir, sans savoir ce que nous allons trouver après, pas pour nous. Un dernier bivouac en Bolivie, au pied du volcan Ollengue, et nous verrons bien demain matin. Avaroa. Quel drôle de poste frontière, avec sa gare à 3700 mètres daltitude
Mais, nous y voilà enfin. Le Chili est là, face à nous. Quallons trouver dans ce nouveau pays ? Un train de pneus ? Cela nous arrangerait bien. Nous savions quil serait difficile de traverser presque toute lAmérique du Sud avec les mêmes pneus. Mais, nous navions pas le choix. Et le pneu avant commence à nous faire savoir avec insistance quil en a vraiment assez. Il nous faut pourtant aller jusquà Santiago
en refaisant certainement un petit détour par
la Bolivie
Chris et Alain
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